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Penser l’étranger au siècle des Lumières et au début du XIXe siècle. Résonances contemporaines.

Publié le 17 janvier 2020 Mis à jour le 21 janvier 2020
Date(s)

du 24 janvier 2020 au 25 janvier 2020

Lieu(x)
Bâtiment L (Paul Ricoeur)
Vendredi 24 janvier : Université Paris Nanterre, bâtiment Ricoeur, Salle des conseils
Samedi 25 janvier : ENS Ulm, Paris, Salle Histoire


Organisation :
Christian Berner (Nanterre, Ireph), Michael Forster (Bonn, Izph), François Thomas (Nanterre, Ireph)

« L’étranger ? expression barbare dont nous commençons à rougir et dont nous laisserons la jouissance à ces hordes féroces que la charrue des hommes civilisés fera disparaître sans effort [...] Le genre humain délivré imitera un jour la nature qui ne connaît point d’étrangers. » C’est en ces termes que s’exprimait en avril 1793, pendant la Révolution française, Anacharsis Cloots, le célèbre et autoproclamé « orateur du genre humain ».
Le but de cette journée d’étude sera d’interroger les usages de la notion d’étranger, et la difficulté à penser cette notion, au XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, autour des problématiques liées à la Révolution française, aux Lumières en général, ainsi qu’à la critique des Lumières. Comme cette journée s’inscrit dans le cadre des activités du groupe de travail franco-allemand entre l’Université de Bonn et celle de Nanterre, une perspective franco-allemande sera privilégiée sans être exclusive. Comment penser l’étranger (mais aussi la pluralité des cultures, des langues, des mœurs) à l’époque des Lumières, dans un horizon universaliste et cosmopolite, où les dimensions d’altérité (culturelles, linguistiques, religieuses, etc.) semblent parfois considérées comme des différences superficielles et contingentes, secondaires par rapport à ce qui fait l’unité de la nature humaine, voire comme des barrières factices séparant les hommes entre eux ? La difficulté à penser un droit des étrangers pendant la Révolution française (voir S. Wahnich, L’impossible citoyen. L’étranger dans le discours de la Révolution française, 1997) est-elle révélatrice d’une difficulté profonde à penser l’étranger, à penser ce qui fait le caractère étranger des étrangers, en contexte universaliste ?
Ces questions nous semblent devoir être éclairées en considérant aussi d’autres usages de la notion d’étranger à cette époque : que ce soit par exemple la problématique de la « raison étrangère » chez Kant, ou la réflexion herméneutique de F. Schleiermacher et la tâche de « comprendre les discours étrangers », où étranger ne désigne pas d’abord, chez Schleiermacher, ce qui vient d’une culture ou d’une langue étrangères, mais ce qui s’oppose au propre. En ce sens élargi, l’étranger apparaît également comme une dimension située au cœur même du propre et du familier. Cette inquiétante étrangeté (das Unheimliche) que Freud pensera à partir des contes d’E.T.A Hoffmann et du romantisme allemand, renvoie à cette part obscure logée au cœur du sujet et de la conscience, mais aussi à l’étrangeté et l’épaisseur du monde qui nous environne, à l’étrangeté d’une nature dont l’homme avait cru devenir « comme maître et possesseur ».
Cette journée, consacrée dans une perspective historique à la période XVIIIe-début XIX siècle, sera suivie d’une journée consacrée aux résonnances contemporaines de ces problématiques.


Programme


Vendredi 24 janvier

Université Paris Nanterre, Bâtiment L, Salle des Conseils, 4e étage

9h15 : Accueil des participants

9h30 : Introduction des journées d’études

9h45-10h45
Claire Etchegaray (Paris Nanterre) : « Les sentiments cosmopolitiques chez Hume : aimer et apprécier l’étranger »

10h45-11h45
Stefanie Buchenau (Paris 8) : « Philoktet im Spiegel der deutschen Aufklärung, oder: Humanität in der Literatur. »

12h-13h
Christian Berner (Paris Nanterre) : « Kant et la raison étrangère »

Pause déjeuner

14h30-15h30
François Thomas (Paris Nanterre) : « L’exil, la langue, l’histoire : Heinrich Heine à Paris »

15h30-16h30
Simon Waskow (Bonn) : « The Problem of Antisemitism in Hegel »

16h45-17h45
Jeffrey Barash (Amiens) : « L'étrangeté du passé révolu. (À partir d’un tableau de Girodet-Trioson) ».

Dîner à Paris


Samedi 25 janvier
Ecole Normale Supérieure, 45 rue d’Ulm 75005 Paris, salle Histoire


9h30-10h30 :
Michael Forster (Bonn) : « L’étranger et la naissance de l’anthropologie »

10h30-11h30
Mattia Ricardi (Porto) : « The Stranger Within: Self-knowledge as Self-Interpretation from Nietzsche to Contemporary Philosophy of Mind »

11h40-12h40
Matthieu Amat (Université de Lausanne) : « En quel sens une chose peut-elle nous être étrangère ? Remarques sur une analogie simondonienne. »

Pause déjeuner

14h30-15h30
Edouard Jolly (IRSEM, Paris) : « Étranger au monde, l’être et l’avoir de la liberté d’après Günther Anders »

15h30-16h30
Hyun Kang Kim (Düsseldorf) : « Woman as the Other »

16h45-17h45
Shaifali Sandhya (Chicago) : « What’s the Trouble With Mrs. Khan: Identity and Integration of the Muslim Other »

Dîner à Paris

Mis à jour le 21 janvier 2020