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Journée d'étude "Animalité queer"

Publié le 26 octobre 2022 Mis à jour le 26 octobre 2022
Date(s)

le 14 octobre 2022

Lieu(x)

Bâtiment Paul Ricoeur (L)




Université Université Paris Nanterre – Nanterre La Défense
Salle R15 (au rez-de-chaussée du bâtiment Ricoeur)
200, avenue de la République, Nanterre                                               
RER A / SNCF : station Nanterre Université
Salle des Conseils, Bâtiment L (Ricoeur), 4e étage.
 

Journée d’études Animalité Queer



Programme


Première partie : Présidence : Anne Sauvagnargues (H.A.R, Nanterre)

14h00-14h45 Fabrice Brandli (Université de Genève)
Profusion créatrice de la Nature et volontarisme démiurgique :la figure de l’hybride dans l’imaginaire utopique moderne
 
14h45-15h30 - Kantaro Ohashi (Université de Kôbé)
Peut-on « moraliser » le sexe ? La comparaison entre humains et animaux dans l’histoire naturelle en France au XVIIIe siècle.
 

Deuxième partie : Présidence : Germana Berlantini (IREPH, Nanterre)

 
16h-16h45.  Thierry Hoquet (Université Paris Nanterre)
Ambiguïtés du bestiaire queer : entre vitalisme, biologisme et naturalisme
 
16h45-17h30. Pierre Niedergang (Université Paris Nanterre)
Quelques propositions pour un vitalisme queer
 
 

Résumés des communications (par ordre alphabétique)



Fabrice Brandli (Université de Genève) : Profusion créatrice de la Nature et volontarisme démiurgique : la figure de l’hybride dans l’imaginaire utopique moderne  

Dans un récit du mundus inversus dont l’extravagance le situe à la périphérie du genre littéraire de l’utopie, Les États et empires de la lune (1655) de Cyrano de Bergerac s’amusent de la « brutification » du narrateur. Tour à tour considéré par ses hôtes lunaires comme une guenon, une autruche, un oiseau, il accède avec difficulté au statut d’homme après avoir tenté sans succès, mais non sans plaisir, de se reproduire avec un petit Espagnol, lui aussi confondu avec le singe. Par-delà sa fantaisie truculente, le propos subvertit avec dextérité les frontières du genre et de l’espèce pour convoquer la figure de l’être intermédiaire, identité instable en fonction des conditions épistémologiques qui déterminent le regard de l’observateur. Plus généralement, l’hybride hante l’imaginaire utopique de la modernité, arrimé le plus souvent au modèle de la chaîne graduée des êtres : tantôt le résultat de la puissance créatrice illimitée de la Nature, comme les hermaphrodites préadamiques de La Terre australe connue de Gabriel de Foigny (1676), tantôt le rejeton de l’hybris expérimentale des savants, sur le modèle de la Nouvelle Atlantide de Bacon (1627). Puis au temps des Lumières, l’hybride accompagne l’expansion coloniale de l’Europe, subsumé sous les catégories de la perfectibilité et de la civilisation, alors que la logique de la gradation mêle considérations naturalistes et conséquences anthropologiques. Pour Sade, les Cafres proviennent des amours interspécifiques d’un homme et d’une tigresse tandis que Restif de La Bretonne fictionne une biopolitique généralisée des populations australes composées d’hommes-taureaux, de femmes-lionnes, d’hommes-ours, etc. Renvoyant aux controverses sur la génération et à la « querelle des monstres », l’hybride au pays de nulle part est résolument une figure intermédiaire, entre histoire naturelle, disputes métaphysiques et représentations anthropologiques, entre fascination et répulsion.  
 
Thierry Hoquet (Université Paris Nanterre) : Ambiguïtés du bestiaire queer : entre vitalisme, biologisme et naturalisme

Les recherches portant sur les sexualités humaines, marginales ou alternatives, ont parfois recours à un « bestiaire queer ». Le parangon de cette démarche demeure sans doute l’important et ambigu Corydon d’André Gide (1924). Le but d’une telle démarche est simple : en débusquant, dans l’histoire naturelle des animaux, des instances de comportements jugés pourtant « monstrueux » chez les humains, on démontre que la « Nature » ne prescrit rien ; et que, partant, ce qui est jugé « contre nature » n'est en réalité, que « contre la coutume ou l’habitude ». Les sexualités queers se trouvent donc requalifiées : d’impossibles, elles deviennent seulement rares. Si la référence au « bestiaire queer » constitue une antique stratégie de « normalisation », nous voudrions confronter cette démarche à certains courants contemporains : le « vitalisme » comme tentative générale de mettre en continuité l’humain et le vivant, débouche souvent sur un « biologisme » (tentation de considérer que l’approche biologique donnera la clef de tout phénomène humain) et sur un « naturalisme » (effort pour trouver dans la nature des règles de comportement pour les humains). Au sein de ces différents écueils, nous défendons un usage « alternaturaliste » du bestiaire : ­approche de caractère sceptique, visant à suspendre le jugement ou plutôt à élargir notre définition de ce qui est « naturel ».
 
Pierre Niedergang (Université Paris Nanterre) : Quelques propositions pour un vitalisme queer

Le développement de la thématique de la vulnérabilité des corps (Butler, 2004) ainsi que l’articulation entre politiques queers et problématiques écologiques (Seymour, 2013 ; Lecerf-Maulpoix, 2021), signalent l’accent mis récemment, au sein des théories et politiques queers, sur les corps désirants en tant que « vivants ». Cette insistance sur le vivant vise, d’un côté, à lutter contre les théories queers négativistes qui articulent queerité et pulsion de mort (Edelman, 2004), et de l’autre, à dépasser une conception purement anti-normative des approches queers. Pour contrecarrer le risque d’un relativisme concernant les valeurs, inhérent au constructivisme discursif qui réduit le corps à n’être qu’une construction de discours, la notion de « vivant » semble en effet être la source possible d’une matrice normative alternative à partir de laquelle construire d’autres normes que celles héritées du patriarcat et de la matrice hétérosexuelle. Peut-on alors parler d’un vitalisme queer qui s’opposerait au réductionnisme discursif (et non plus mécaniste) du vivant ? Si oui, quel est le modèle de ce vitalisme ? Et qu’est-ce qui le distingue des formes réactionnaires de l’appel à « La Vie » en tant que source normative ? En faisant retour aux Recherches physiologiques sur la vie et la mort de Xavier Bichat (1800), il s’agira d’établir, par affinité ou par contraste, au moins trois caractéristiques du vitalisme queer : (1) C’est un vitalisme du vivant plutôt que de « La Vie » ; (2) Un vitalisme du rapport et de l’affectivité plutôt que de la force ou de la poussée vitale ; Et, (3) un vitalisme des inadapté·es plutôt que de l’adéquation harmonieuse. 
 
Kantaro Ohashi (Université de Kôbé) : Peut-on « moraliser » le sexe ? La comparaison entre humains et animaux dans l’histoire naturelle en France au XVIIIe siècle

Au XVIIIe siècle, il n’existait pas de mots tels que « féminisme » ou « queerité » (queer/queerness) critiquant la normativité sociale. Cependant, les descriptions des animaux au XVIIIe siècle, y compris l’espèce humaine, opèrent des croisements entre l’humain et l’animal, le mâle et la femelle, l’homme et la femme, ou le naturel et le social. Ici apparaît, me semble-t-il, une sorte de « pré-normativité » qui consiste dans la virilité ou la suprématie de l’homme, relativement aux femmes ou aux animaux non-humains. Dans cette communication, nous nous appuierons sur différents discours de Buffon pour analyser les arguments proposés au sujet de la puberté et de la sexualité, dans la comparaison entre humains et animaux. Par là, nous essaierons de retracer le glissement insensible, qui s’opère de l’existence des mâles humains approchée sur le plan de l’histoire naturelle, à l’émergence de «l’Homme», comme sujet.

Mis à jour le 26 octobre 2022