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Versions du Mind

Publié le 23 mai 2016 Mis à jour le 25 novembre 2016
Date(s)

le 10 juin 2016

14h00-18h00
Lieu(x)
Ecole Normale Supérieure
29, rue d'Ulm
Salle 235A

La journée d'étude est organisée par l'IRePh et le Centre International d’Étude de la Philosophie Française Contemporaine dans le cadre du projet "Philosophie française et philosophie analytique au XXe siècle".
Organisateurs : Élie During, Jean-Michel Salanskis et Frédéric Worms

ARGUMENTAIRE
Si la question de l’unité et de la distinction de l’esprit et du corps ne date pas d’hier, le mot « mind » est devenu inséparable pour nous des enjeux nouveaux liés à l’entreprise cognitive contemporaine dans le domaine de la philosophie comme dans celui des sciences. Pour faire bref, ce terme désigne aujourd’hui l’esprit en tant que potentiellement naturalisable. Dans le champ philosophique, les discussions autour du Mind s’orientent de deux manières. Tantôt on l’aborde du point de vue de l’épistémologie ou de l’ontologie des sciences concernées, à travers notamment l’examen des prétentions concernant les réalités en cause dans telle ou telle discipline (mathématiques, psychanalyse, informatique, logique, neurosciences). Tantôt le Mind est abordé de façon conceptuelle, dans le ou les langages de la philosophie analytique aussi bien qu’au gré des démarches variées de la philosophie française du XXe siècle. Notre après-midi voudrait offrir un panorama de ces visions, analyses et débats, pour en tirer peut-être quelques leçons de style philosophique.

PROGRAMME

14h-14h45 : Pascale Gillot « La conscience est-elle le « problème difficile » de la Philosophy of Mind ? »

14h45-15h30 : Jérôme Sackur « Subjectivité et introspection dans les sciences cognitives »

15h45-16h30 : Jean-Michel Salanskis « L’esprit français »

16h30-17h15 : Pierre Henri Castel « Vincent Descombes et la critique de Lacan »

17h15-18h : Discussion générale
 

RÉSUMÉS DES INTERVENTIONS

PASCALE GILLOT
Université de François Rabelais de Tours, Laboratoire de recherche ICD (Interactions Culturelles et Discursives)
La conscience est-elle le « problème difficile » de la Philosophy of Mind ?

Nous reviendrons dans cet exposé sur certaines tentatives contemporaines de naturalisation de la conscience dans la philosophie de l’esprit. La conscience, l’expérience phénoménale, sont-elles redevables, comme le suggère Daniel Dennett, d’une explication scientifique, en troisième personne ? Ou bien faut-il considérer, suivant David Chalmers, que la conscience, les qualia, restent constitutivement rétifs au programme de naturalisation de l’esprit engagé depuis plusieurs décennies par la Philosophy of Mind, de sorte que la conscience représenterait le « problème difficile » auquel se heurterait nécessairement un tel programme ?
L’examen de ces positions adverses, révélatrices d’une ligne de fracture au cœur de la philosophie de l’esprit, sera ainsi l’occasion de nous demander ce qu’est et ce que peut l’esprit pour ces différents auteurs héritiers des sciences cognitives. Nous nous interrogerons en particulier sur les limites éventuelles d’une conception externaliste de ce qu’est et de ce que peut l’esprit, conception suivant laquelle le dit « problème difficile » reposerait sur de fausses prémisses, en l’occurrence le mythe philosophique des qualia.


JEROME SACKUR
EHESS, Laboratoire de Sciences Cognitives et Psycholinguistiques
Subjectivité et introspection dans les sciences cognitives

Le développement récent de l’étude de la conscience en neurosciences et en psychologie cognitive, ainsi que la redécouverte de l’introspection, ont conduit à une multiplication de mesures qu’il faut bien désigner « subjectives ». Mais qu’est-ce qui permet de reconnaître qu’une donnée est subjective ? Est-ce le fait qu’elle serait qualitative ? Privée ? Réflexive ? Riche de signification ? La science contemporaine hésite entre ces différentes notions, et parfois les combine. En me basant sur une série d’expériences récentes, j’essaierai de construire une typologie opérationnelle des différents sens du subjectif. Je défendrai l’idée qu’une typologie de ce genre est indispensable si la recherche sur la conscience veut éviter de s’embourber dans les marais qui furent fatals à l’introspectionnisme du début du XXe siècle. J’essaierai aussi de montrer comment de nouvelles questions de recherche se définissent à partir d’une telle typologie.


JEAN-MICHEL SALANSKIS
Université de Université Paris Nanterre, IRePh (Institut de Recherches Philosophiques)
L’esprit français

L’idée de l’exposé est de présenter quelques approches de l’esprit qui ont été tentées dans le registre philosophique en France au cours du XXe siècle. Un fil directeur sera d’étudier l’équilibre cherché, trouvé ou au contraire refusé a priori entre l’« esprit objectif » au sens hégélien et l’esprit « internaliste ».
Seront considérés dans cette perspective (dans la mesure du temps et des possibilités) :
A) L’esprit au sens du « moment de l’esprit » de F. Worms.
B) L’esprit selon l’école dynamiciste en sciences cognitives (J. Petitot, Y. M. Visetti).
C) L’esprit selon la « philosophie de la différence » (G. Deleuze, J. Derrida).


PIERRE-HENRI CASTEL
CNRS, Laboratoire interdisciplinaire d’études sur les réflexivités
Vincent Descombes et la critique de Lacan

La lecture critique de la psychanalyse, et notamment des théories de Lacan, en utilisant certains instruments philosophiques d’origine wittgensteinienne, appartient à une phase ancienne du parcours de Vincent Descombes. De plus, elle n’a rencontré pour ainsi dire aucun écho chez les psychanalystes. Je soutiendrai deux thèses. La première, c’est qu’elle n’appartient justement pas à la constellation traditionnelle de la réfutation épistémologique de la psychanalyse, mais, au contraire, qu’elle avait l’ambition d’y dégager une rationalité à laquelle la psychanalyse française de l’époque était elle-même aveugle. La seconde, c’est que la critique de la psychanalyse lacanienne est une bonne introduction à la critique « analytique » de la pensée française des années 1960, à laquelle Descombes a ensuite consacré de nombreux travaux.


Mis à jour le 25 novembre 2016